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L’athée

par TURQUETY, Édouard (1807-1867), poète français


L’athée

Il n’y parviendra pas ; il a beau dans sa course

Se serrer à deux mains le cœur,

Comme pour comprimer la source

De l’intarissable douleur ;

La douleur ! elle gonfle, elle bat ses artères,

Elle l’étreint de tous côtés,

Dans les lieux les plus solitaires,

Sur les bords les plus fréquentés.

Qu’il aille au haut des monts, qu’il aille sur la crête

Du roc le plus retentissant,

Dans le calme ou dans la tempête,

Sur la terre ou sur l’Océan,

Il entendra toujours le grand mot qu’il redoute,

Partout à toute heure, en tout lieu,

Les pierres même de la route

Lui crieront le nom de son Dieu.

Oh ! oui, c’est en vain qu’il espère,

Qu’il implore un sommeil sans fin ;

Une voix, sourde à sa prière,

Lui jette le mot de demain.

C’est en vain qu’il se réfugie

Dans les ténèbres de l’orgie,

Dans les abîmes de la nuit :

Comme une ardente chasseresse

Qui toujours le traque et le presse,

Son immortalité le suit.

Et quand sa paupière alourdie

Se ferme au soleil d’ici-bas,

Quand sa voix mourante mendie

Un jour de plus qu’il n’aura pas,

Oh ! c’est là qu’il tremble et recule ;

C’est là qu’un affreux crépuscule

Lui fait pousser un cri profond :

« À moi, j’ai peur ! à moi, je tombe ! »

Car il s’aperçoit que la tombe,

Froide au bord, est brûlante au fond.

Édouard TURQUETY.

Recueilli dans Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1843.

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