La Mémoire littéraire, historique
et spirituelle de l'Occident chrétien

TEXTES PAR AUTEURS

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z ANONYMES

Retour

Sonnet

par SAINTE-BEUVE, Charles Augustin (1804-1869), écrivain français (élu à l'Académie française en 1844)


Sonnet

L’autre nuit, je veillais dans mon lit, sans lumière,

Et la verve en mon sein à flots silencieux

S’amassait, quand soudain, frappant du pied les cieux,

L’éclair, comme un coursier à la pâle crinière,

Passa la foudre en char retentissait derrière ;

Et la terre tremblait sous les divins essieux ;

Et tous les animaux, d’effroi religieux

Saisis, restaient, chacun, tapis dans leur tanière.

Mais, moi, mon âme en feu s’allumait à l’éclair ;

Tout mon sein bouillonnait ; et chaque coup dans l’air

À mon front trop chargé déchirait un nuage.

J’étais dans ce concert un sublime instrument ;

Homme, je me sentais plus grand qu’un élément ;

Et Dieu parlait en moi plus haut que dans l’orage.

Charles-Augustin SAINTE-BEUVE.

Recueilli dans Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1843.

www.biblisem.net