La Mémoire littéraire, historique
et spirituelle de l'Occident chrétien

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Les deux pigeons

par ROUMANILLE, Joseph (1818-1891), poète et conteur français d'expression occitane


Les deux pigeons

Il m’a été dit qu’un enfanton

Qui avait la tête blonde

Qui avait les yeux d’un angelet

Avec ses joues rondes

À sa mère disait :

« Maman mène-m’y

Je veux y aller, ma mère

Mère, moi je veux aller voir l’enfant qui est né. »

Dans la mangeoire péchère

Et sur le râtelier

Les deux pigeons volèrent.

Tous les petits pâtres y vont

Mettent leurs beaux habits

Se peignent pour aller voir l’enfant

Qui est couché sur la paille

Joli comme un soleil

Partons, allons-y vite

Je veux y aller, ma mère, etc.

Et les anges sont descendus

La colline en était pleine

Notre pâtre les a entendus

Chanter comme des orgues

Puis lui ont baisé les mains

De ce joli enfant

Je veux y aller, ma mère, etc.

Mère portons-lui mon panier

Une de mes petites robes

Il tremble dit-on comme un jonc

Et ses mains sont violettes

Nous sommes au gros de l’hiver

L’étable est toute ouverte

Je veux y aller, ma mère, etc.

Quand elle sourit à son enfant

Oh que la mère est belle

On dit que ces deux fronts blancs

Ont des reflets d’étoiles

Partons ça me fait envie

S’il fait froid ça m’est égal

Je veux y aller, ma mère, etc.

Mais que porterais-je au petit

Qu’aurais-je dans mon sachet

Du miel, mes jouets, deux pigeons

Avec une fougacette (gâteau)

Et puis à l’enfantelet

Je ferai des baisers

Je veux y aller, ma mère, etc.

À Jésus aussi je donnerai

Mes perles en chaînette

À ses pieds je m’agenouillerai

Je prendrai ses menottes

Je monterai à cheval

Sur l’âne ou sur le bœuf

Je veux y aller, ma mère, etc.

À l’enfant qui priait comme cela

Sa mère répondit :

« Oui nous partirons demain matin

« Sur l’âne de mon frère

« Pour adorer avec lui

« Jésus le fils de Dieu. »

Le lendemain ils adorèrent

L’enfant Dieu qui dormait

Et sur le râtelier

Les deux pigeons volèrent.

Joseph ROUMANILLE, Avignon, 1845.

Traduit par Robert Comte.

Recueilli dans La grande et belle bible des Noëls anciens,

par Henry Poulaille, Albin Michel, 1951.

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