La Mémoire littéraire, historique
et spirituelle de l'Occident chrétien

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Entends ma voix, fidèle

par PELLEGRIN, Simon-Joseph (1663-1745), poète français


Entends ma voix, fidèle

Air : Une jeune pucelle de noble cœur.

L’ANGE

Entends ma voix, fidèle.

Pasteur, suis-moi,

Viens témoigner ton zèle,

Adorer un roi.

Ce Dieu si grand est né dans une étable,

Est humain comme toi.

LE PASTEUR

Quel crieur de gazette

Ai-je entendu ?

Porte ailleurs tes sornettes.

C’est temps perdu !

Qu’un Dieu soit né, l’aventure est jolie,

La plaisante saillie

D’un esprit morfondu.

L’ANGE

Ce qu’un Dieu fait entendre

Du haut des Cieux,

On ne peut le comprendre

En ces bas-lieux.

Qu’un Dieu soit né, l’aventure est étrange,

Mais tu le tiens d’un ange.

Pasteur, ouvre les yeux.

LE PASTEUR

Bon Dieu ! Quelle lumière

Dans ce hameau

Vient frapper ma paupière !

Est-ce un flambeau ?

J’en suis surpris, il n’est pas ordinaire

Que la nuit soit si claire ;

Le jour n’est pas si beau.

L’ANGE

C’est le temps des miracles

Que celui-ci.

L’énigme des oracles

Est éclairci.

Tout est changé, le corps succède à l’ombre,

Le jour à la nuit sombre ;

Le Ciel l’ordonne ainsi.

LE PASTEUR

Expliquez-moi de grâce

Le changement.

Que faut-il que je fasse

En ce moment ?

Ange du Ciel ! ah ! je vous en conjure,

Chassez la nuit obscure

De mon entendement.

L’ANGE

Je veux bien te conduire

Puisqu’il le faut.

L’éclat que tu vois luire

Viens du Très-Haut.

Dieu te fait voir par ce grand jour qui brille

Qu’il est né d’une fille

Sans tache et sans défaut.

LE PASTEUR

Je crois qu’à sa puissance

Tout est permis.

J’adore sa naissance

D’un cœur soumis.

Mais l’homme inquiet trahit ce divin Maître.

Pourquoi vient-il de naître

Parmi tant d’ennemis ?

L’ANGE

C’est par l’amour extrême

Qu’il a pour vous

Qu’il vous sauve lui-même

De son courroux.

En un arrêt dont il est le viatique

Il s’est chargé du crime

Et l’homme en est absous.

LE PASTEUR

Ô Père le plus tendre

Qui fut jamais,

Comment peut-on lui rendre

Tant de bienfaits ?

De ses trésors, il enrichit la terre ;

Nous lui faisons la guerre,

Il nous donne la paix.

L’ANGE

Suis-moi jusqu’au village,

Ne tarde pas,

Tu dois lui rendre hommage,

Viens sur mes pas.

Je vois l’ardeur de l’amour qui le presse

À force de tendresse

Fera-t-il des ingrats ?

LE PASTEUR

La même ardeur m’enflamme

Dans ce moment.

Secondez de mon âme

L’empressement.

Hâtons nos pas. Je ne puis plus attendre.

Peut-on trop tôt se rendre

Près d’un Dieu si charmant ?

Simon-Joseph PELLEGRIN,

Noëls nouveaux sur les chants des Noëls anciens, premier recueil,

Paris, 1735, chez Nicolas Le Clerc.

Recueilli dans La grande et belle bible

des Noëls anciens, XVIIe et XVIIIe siècles,

par Henry Poulaille, Éditions Albin Michel, 1950.

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