La Mémoire littéraire, historique
et spirituelle de l'Occident chrétien

TEXTES PAR AUTEURS

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z ANONYMES

Retour

Hymne à la Vierge

par NODIER, Charles (1780-1844), écrivain français (élu à l'Académie française en 1833)


Hymne à la Vierge

Ainsi la myrrhe parfumée

Qu’exhale un brasier dévorant,

S’élève à demi consumée,

Et vole en nuage odorant.

Des flots d’encens et de cinname

Roulent, dans sa mobile flamme,

L’or, l’émeraude et le saphir;

Et le feu pur qui la colore

Fait pâlir celui dont l’aurore

Émaille les cristaux d’Ophir.

Ainsi cette Vierge ingénue,

Pleine de grâce et de beauté,

S’élance, et plonge dans la nue

Son front rayonnant de clarté.

Le choeur mystérieux des anges

Mêle le bruit de ses louanges

Aux concerts des mondes ravis ;

La terre frémit devant elle,

Et sous les pas de l’immortelle

Les cieux abaissent leurs parvis.

Tu parais ! à la nef timide

Qui tente un rivage ignoré,

L’aspect du phare qui la guide

Promet un port moins assuré.

Le palmier, vaste et solitaire,

Verse une ombre moins salutaire

Sur les sables de Gelboé.

Moins d’éclat anime la rose,

Et moins suave elle repose

Près des sources de Siloé.

C’est à toi que la voix des sages

Promit ces destins éclatants

Que leur regard, vainqueur des âges,

Lisait dans les fastes du temps.

Tel le plongeur penché sur l’onde,

D’une vue errante et profonde

Interroge le sein des mers,

Et, sous la vague blanchissante,

Marque la perle éblouissante,

Secret trésor des flots amers.

Le Seigneur, des astres qu’il aime

T’a soumis le choeur gracieux.

Tu brilles dans son diadème,

À l’égal du flambeau des cieux ;

Heureux qui vit sous tes auspices.

Que de fois tes rayons propices

Ont rassuré les mariniers !

Que de fois ta splendeur nocturne

A charmé l’ennui taciturne

Qui veille au lit des prisonniers !

Hélas ! ces héros éphémères

Qu’élèvent de sanglants pavois,

Sont inexorables aux mères :

Ils ne comprendraient pas ta voix !

Mais Dieu, dans son amour immense,

Permet que ton pouvoir commence

Où finit celui des humains.

D’un seul regard tu les désarmes

Et l’on dit qu’une de tes larmes

Éteint la foudre dans ses mains.

Si jusqu’au ciel, où tout s’expie,

Parviennent mes tristes accents,

Tu sais sous quelle chaîne impie

Languissent mes jours innocents :

Tu peux, de l’ombre où je t’adore,

M’envoyer comme un météore,

Sur les ailes du séraphin,

Aux lieux où ma soeur éplorée,

Devant ton image sacrée

Entretient la lampe sans fin.

Charles NODIER.

Écrit en captivité, en 1803.

(Nodier avait publié, à l’encontre du Premier Consul,
une ode satirique, La Napoléone, qui fut fort mal
accueillie par la police impériale…)

www.biblisem.net