La Mémoire littéraire, historique
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Le fil de la Vierge

par MAURICE-SAINT-AGUET, Louis-Charles (1809-1873)


Le fil de la Vierge

Pauvre fil qu’autrefois ma jeune rêverie,

Naïve enfant,

Croyait abandonné par la Vierge Marie

Au gré du vent ;

Dérobé par la brise à son voile de soie,

Fil précieux,

Quel est le chérubin dont le souffle t’envoie

Si loin des cieux ?

Viens-tu de Bethléem, la bourgade bénie,

Frêle vapeur

De l’encens qu’apportaient les mages d’Arménie

Pour le Seigneur ?

Sous les palmiers du Nil, la ronce te prit-elle

Au manteau bleu

Où la reine des cieux, fugitive et mortelle,

Cachait un Dieu ?

Détaché quelque part de sa blanche auréole,

Oh ! quand tu viens,

Furtif et méconnu comme un faible symbole

Des vieux chrétiens,

Oh ! je t’aime ! vois-tu, parce qu’une croyance

Est avec toi !

Tu viens comme un lambeau de la première enfance

Et de sa foi !

Tu viens comme autrefois ces blanches tourterelles,

Discrets courriers,

Portant un peu d’espoir, suspendu sous leurs ailes,

Aux prisonniers ;

Tu me rends d’autrefois les tranquilles soirées,

Et les enfants,

Et les vierges marchant dans les fêtes sacrées

En voiles blancs ;

Et ce temps d’innocence où l’âme est tout éprise

Pour une fleur,

Quand l’orgue aux longs accords soupirait dans l’église

Avec mon cœur ;

Quand l’ombre de ma mère, attentive et charmée,

Venait le soir

Écarter les rideaux de l’alcôve fermée

Pour mieux me voir.

Adieu, pauvre fil blanc. Je t’aime… Vole encore !

Mais ne va pas

T’arrêter au buisson dont l’épine dévore

Et tend les bras !

Ne te repose pas, quand du haut des tourelles,

Le jour a fui :

Vole haut, près de Dieu : les seuls amours fidèles

Sont avec lui.

Louis-Charles MAURICE-SAINT-AGUET.

Recueilli dans Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1843.

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