La procession
par DUPLESSIS, Léon (18..-19..), écrivain français
La procession
La faux sur son épaule et sonnant sa sonnette,
Comme un enfant de chœur, lorsque le vieux curé
Porte les sacrements sous un chaume éploré,
La Camarde s’avance à grands pas de squelette.
Derrière, en robe blanche, une blonde fillette
Se tresse une couronne avec les fleurs d’un pré ;
Puis, pâle, vient le long cortège à rang serré
Des riches et des gueux qu’un même Destin fouette.
Au delà du tombeau gardant l’ambition,
Tandis que pour ceux-ci le cercueil est la fête.
Dans la funèbre nuit ceux-là baissent leur tête.
Et, par monts et par vaux, va la procession ;
Sur l’herbe, au clair de lune, elle glisse, muette ;
La Mort seule, en marchant, fait tinter sa clochette.
Léon DUPLESSIS.
Paru dans L’Année poétique en 1906.