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Ode pour le jour de sainte Cécile

par DRYDEN, John (1631-1700), poète et auteur dramatique anglais


Ode pour le jour de sainte Cécile

Par l’harmonie, par l’harmonie du ciel venue

Ce corps universel fut édifié.

Alors que la nature sous un monceau

D’atomes discordants gisait,

Et ne pouvait lever la tête,

En accents musicaux ces mots tombèrent :

« Levez-vous, vous plus que morts. »

Alors le froid, le chaud, le sec, l’humide,

S’élancent en bon ordre vers leur place,

Et à la Musique obéissent.

Par l’harmonie, par l’harmonie venue du ciel

Ce corps universel fut édifié ;

De l’harmonie jusques à l’harmonie

Il parcourut toutes les notes de la gamme,

Le registre complet se refermant sur l’homme.

Quel sentiment n’est soulevé par la Musique

Ou apaisé ? Jubal frappa la lyre,

Autour de lui ses frères l’écoutant

Émerveillés, tombèrent sur la face

Pour adorer ce céleste concert.

Moins qu’un Dieu, pensaient-ils, ne pouvait demeurer

Dedans le creux de cette coque vide

À la voix si suave et si plaisante.

Quel sentiment n’est soulevé ou apaisé ?

Le son strident de la trompette

Nous excite à saisir les armes,

Notes aiguës de la colère,

Et mortelles inquiétudes.

Le battement doublé et redoublé

Du tambour au bruit de tonnerre

Crie, écoutez ! l’ennemi vient ;

Chargez, chargez ! Il est trop tard pour reculer.

La flûte au son doux et plaintif

Révèle en ses notes mourantes

Les maux des amants sans espoir,

Pour qui le luth chantant soupire un air funèbre.

Les violons déchirants clament

Le désespoir et les jaloux tourments,

La fureur, l’indignation farouche,

Douleur profonde, hauteur de passion

Pour la belle au cœur dédaigneux.

Mais oh ! quel art peut enseigner,

Et quelle voix humaine atteindre,

À bien louer l’orgue sacré ?

Notes qui suscitent le saint amour,

Notes qu’une aile emporte vers le ciel

Pour embellir les chœurs d’en haut.

Orphée a mené les bêtes sauvages,

Et déracinés, des arbres se murent

Pour suivre le son de sa lyre ;

Mais la claire Cécile a fait plus grand miracle ;

Lorsqu’à son orgue la parole fut donnée,

Un ange l’entendit, et accourut

Prenant la terre pour le ciel.

LE CHŒUR.

Comme par le pouvoir de chants sacrés

Les sphères se mirent en marche,

Célébrant leur auguste Créateur

Là-haut pour tous les bienheureux ;

Ainsi, quand l’heure finale et terrible

Dévorera ce décor qui s’effondre,

On entendra dans les airs la trompette,

Les morts revivront, les vivants mourront,

Et la Musique dissoudra le ciel.

John DRYDEN.

Traduit par Louis Cazamian.

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