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L’enfant et le curé

par CALLIES, Jacques-Henri (XIXe s.), poète savoisien


L’enfant et le curé

Près du foyer où la flamme a relui,

Un vieux curé, refermant son bréviaire,

Dit à l’enfant pensif auprès de lui :

« Tu pars demain… je le tiens de ta mère…

« En ce vallon, rien ne plaît à tes yeux.

« Du jour, Joseph, où tu vis l’équipage

« D’un parvenu s’arrêter en ces lieux.

« Crois ton curé, le parti le plus sage,

« C’est, mon enfant, de rester au village.

« – S’il s’enrichit, ce grand de l’autre jour,

« Simple berger qui voulut de la ville…

« – Pourquoi pas moi ? dit Joseph, à son tour.

« – Ami, tu crois le succès si facile !

« Que de bergers, jaloux d’un meilleur sort,

« N’ont rencontré sur un lointain rivage

« Que l’insuccès, la misère et la mort ?

« Crois ton curé, le parti le plus sage,

« C’est, mon enfant, de rester au village.

« Sous le soleil, quand reverdit pour toi

« Un petit champ autour d’une chaumine,

« Reste au village, où l’on garde la foi,

« Fuis les cités, où le vice domine.

« À l’étranger, que de fils des vallons

« Ont écouté ce perfide langage :

« Pour s’enrichir tous les moyens sont bons…

« Crois ton curé, le parti le plus sage,

« C’est mon enfant, de rester au village. »

« – Le parvenu, dit l’enfant soucieux,

« Ne va-t-il plus le dimanche à la messe ? »

« – Sur ce point-là, vois-tu… fermons les yeux :

« Mais, de ce grand sache au moins la tristesse,

« Sache, ô mon fils, que, malgré tout son or,

« Gronde en son cœur, comme un brûlant orage,

« L’âpre désir d’augmenter son trésor,

« Crois ton curé, le parti le plus sage,

« C’est, mon enfant, de rester au village.

« Puis, mou ami, songe que ton départ

« Achèverait les vieux ans de ta mère :

« Déjà la mort était dans son regard

« Quand elle vint pleurer au presbytère ;

« Fais-la mourir,… et puis compte sur Dieu ! »

Lors, de ses pleurs inondant son visage,

Pour les cacher, se penchant sur le feu,

« – Oui, dit Joseph, le parti le plus sage,

« C’est, je le vois, de rester au village. »

Jacques-Henri CALLIES.

Recueilli dans Le Parnasse contemporain savoyard,

publié par Charles Buet, 1889.

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