La Mémoire littéraire, historique
et spirituelle de l'Occident chrétien

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Stella

par ADAM, François Étienne (1833-1900), poète et parolier français


   

   

                            Stella

                                                                                     À N. B.

Hier au soir, à l’heure où tu devais dormir,
je rêvais à ma fenêtre, les yeux levés au ciel ;
j’aperçus une étoile au-dessus de ta demeure…
je regardais l’étoile, mais je pensais à toi !

Étoile aux feux si doux, perle de la couronne
            De l’Éternel,
Brillant flambeau des nuits, bel astre qui rayonne
            Au front du ciel !

Où vas-tu ? d’où viens-tu ? quelle est ta destinée ?
            Du Créateur
Serais-tu le séjour ? de l’âme infortunée
            Es-tu la sœur ?

Entends-tu les soupirs que la douleur exhale
            Dans le secret,
Et d’un premier amour la plainte virginale,
            Témoin discret ?

Ton rayon descend-il pour calmer la souffrance,
            Quand fuit le jour ?
Riante étoile, es-tu l’astre de l’espérance
            Ou de l’amour ?

N’as-tu pas vu, dis-moi, dans ta course rapide
            Au firmament,
Une vierge au front pur, au sourire timide,
            Frais et charmant ?

Quand tu la vois, le soir, pensive et solitaire,
            Baisser les yeux,
C’est elle ! oh ! verse-lui ta tremblante lumière
            Du haut des cieux !

Si parfois en secret elle répand des larmes,
            Glisse en son cœur,
Dis-lui qu’en cette vie on peut trouver des charmes
            Et du bonheur !

Dis-lui qu’il ne faut pas être seul en ce monde
            Pour être heureux,
Qu’il nous faut ici-bas une âme qui réponde
            À tous nos vœux !

Fais entendre à son cœur ta céleste parole :
            Tu dois savoir
Sans doute plus d’un mot qui plaît et qui console,
            Doux mot d’espoir,

Qui fait chanter soudain la lèvre qui soupire
            Sur ses douleurs,
Et qui sait faire éclore un pur et frais sourire
            Au sein des pleurs !

Descends et viens près d’elle, et dis-lui, quand sa bouche
            Aura gémi,
Qu’à l’âme qui repose, il ne faut d’autre couche
            Qu’un sein ami !

Si tu la vois, hélas ! qui pleure avec mystère
            En son séjour,
Dis-lui que le bonheur sur cette pauvre terre
            Est dans l’amour !

Et quand son œil alors, souriant d’espérance,
            Se fermera,
Ton rayon bien-aimé sur son front en silence
            Se posera.

Comme un ange gardien tu veilleras sur elle
            Dans son sommeil,
Et pour la protéger tu déploieras ton aile,
            Astre vermeil !…

Va donc, rayon divin, et reste en sa demeure
            Jusques au jour ;
Porte-lui les soupirs de mon âme qui pleure
            Et mon amour !

   

F.-E. ADAM.

Paru dans La Tribune lyrique populaire en 1861.