La Mémoire littéraire, historique
et spirituelle de l'Occident chrétien

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Prière

par BERTOUT, Auguste (18..-19..), poète français


   

   

Prière

J’ai gémi, j’ai pleuré, regardant le ciel bleu
                    Et priant la Madone.
J’ai cheminé longtemps sur le sentier de Dieu,
                    Hélas ! tout m’abandonne.
Je sonde vainement les ondes de l’éther
                    Interrogeant la flamme
De l’étoile au feu d’or et la nue et l’éclair
                    À la stridente gamme ;
Rien ! Mon cœur bat trop vite et trop vite le sang
                    Circule dans mes veines.
Seigneur, tourne, vers moi, ton regard tout-puissant
                    Et je verrai mes peines
Se dissiper soudain et, comme un ciel, noirci
                    Par un sombre nuage,
Que l’effort du soleil a bientôt éclairci
                    Chassant au loin l’orage,
Ton bienfaisant regard dissipe tous les maux ;
                    C’est lui le divin baume
Fortifiant les cœurs, florissant les coteaux.
                    Ô nard, ô cinnamome
Des rameaux épineux, perlant avec ton sang
                    Sous la couronne ardente
Que le bourreau posa sur ton front pâlissant !
                    Ô manne fécondante,
Aux guérets appauvris faisant surgir la foi
                    De la terre épurée,
Pénétrant dans les cœurs pour apaiser l’émoi
                    De notre âme apeurée !
Veuille épandre, sur moi, ce baume merveilleux :
                    J’irai sur la venelle
Où tu laissas, Seigneur, dans le parcours des cieux,
                    Ton empreinte éternelle ;
Et, fort de ton secours, je porterai la croix
                    Pour aller au supplice,
Et marcherai léger, tout courbé sous son poids
                    Sans que mon front se plisse.
Pardon, mon Dieu ! je vois que déjà mon orgueil
                    De sa force se vante,
Et mon humilité descendra, tout en deuil,
                    Cette funeste pente.
Seigneur, je veux rester toujours obéissant
                    À ta sainte justice,
Être prêt, pour ta gloire, à verser tout mon sang
                    Dans le dernier supplice !

   

Auguste BERTOUT.

Paru dans L’Année des poètes en 1895.