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Pour endormir ma fille

par MÉNESSIER-NODIER, Marie (1811-1893), poétesse française (fille de Charles Nodier)


Pour endormir ma fille

Tous les petits oiseaux du bois

Ont caché leur tête à la fois

Sous leur aile ;

Tous les petits enfants aimés

Ont éteint de leurs yeux fermés

L’étincelle.

Les marguerites dans les prés,

Les alouettes dans les blés,

Tout repose

Et dort maintenant comme vous,

Ô mon oiseau joyeux et doux,

Ô ma rose.

Mais ce pauvre nid suspendu

Mal protégé, mal défendu,

Se balance ;

Les petits oiseaux effrayés

Que le vent froid a réveillés

Font silence.

Car leur mère, ô ma belle enfant,

Ce matin, d’un vol triomphant,

S’est sauvée.

Cherchant tout le long du chemin

De quoi nourrir encor demain

Sa couvée.

Puis un faucheur qui revenait,

Tandis qu’au champ elle glanait,

L’a surprise,

Gémissant sur son cher trésor

Abandonné si frêle encor

À la bise.

Près du petit nid isolé,

Tout refroidi, tout désolé,

Le vent gronde.

Moi, je rêve, et je dis : Hélas !

Mon Dieu, ne me retirez pas

De ce monde,

Car vous m’avez aussi donné

Un enfant, trésor couronné

De tendresse ;

Et si votre main la défend,

C’est moi dont l’amour triomphant

La caresse.

C’est moi qui baise son sommeil,

C’est moi qu’elle trouve au réveil

Éveillée ;

Bientôt pourtant si je mourais,

De ce cœur léger je serais

Oubliée.

Ingrats qui nous font tant souffrir,

Toujours trembler, souvent mourir

Avant l’heure,

Vous oubliez vite un trépas,

Anges sereins qui n’aimez pas

Quand on pleure.

Ainsi vont toutes mes chansons

S’accrochant aux plus noirs buissons

Par les ailes,

Et ramenant parmi les fleurs

Les nids perdus, et les douleurs

Maternelles.

Marie MÉNESSIER-NODIER.

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