Pendant la tempête
par DESCHAMPS, Émile (1791-1871), homme de lettres, poète et librettiste français
Pendant la tempête
I.
Vierge, fleur de mystère,
Étoile des marins,
Qui d’un regard fais taire
L’orage et les chagrins
Et leurs peines amères ;
Espoir des pauvres mères,
Dans son berceau flottant
Protège mon enfant.
L’aquilon souffle et gronde
Et sur sa tête blonde
Se déchaîne en courroux ;
La vague au sombre râle
Vient le saisir tout pâle
Jusqu’en mes bras jaloux !
Sainte et douce patronne,
Viens du haut de ton trône,
Dans son berceau flottant
Protéger mon enfant !
II.
Mère auguste et suprême,
Sur la terre, jadis,
Bien qu’il fût Dieu lui-même
Tu tremblas pour ton Fils ;
Tu vois ma peine amère !
Prends pitié d’une mère !
Dans son berceau flottant
Protège mon enfant !
La foudre éclate et tombe,
Il vogue dans sa tombe,
Tous les flots sont en feu…
Mais quoi ! l’orage expire ;
J’ai vu mon fils sourire
Et le ciel devient bleu !…
Merci, douce patronne,
Qui du haut de ton trône,
Dans son berceau flottant
As sauvé mon enfant !
Émile DESCHAMPS.
Paru dans les Annales romantiques en 1836.