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Midi, c’est de voir ton visage

par ALTERMANN, Jean-Pierre (?-1958), poète français


Midi, c’est de voir ton visage

Midi, c’est de voir ton Visage !

Seigneur, va-t-il longtemps tarder

Ce jour sans ombre et sans nuage

De ton inconcevable été ?

Quel printemps n’alanguit une âme

Qui s’épuise à Te désirer ?

Qu’est-ce : être touché par la flamme,

Quand le feu doit nous dévorer ?

Source invisible où je vais boire,

Tu me parles d’un Océan…

Ô divin Soleil de la gloire,

Perce un si vulnérable écran !

Que ta triomphante évidence

Succède à ces rayons diffus !

Mon avidité vous devance,

Heure où le temps ne sera plus.

L’impatience est-elle un signe

De l’approche d’une faveur

Que mon cœur, pour en être indigne,

N’estime pas moins son bonheur ?

Eau vive qui nous désaltère,

Ma soif te pressait de jaillir,

Chers fruits d’un ciel qui m’est mystère,

Puisse aussi ma faim vous mûrir !

Une fleur en moi tôt éclose

Mit l’avant-goût du Paradis…

Je n’ai que l’odeur de la rose

Ici-bas qui me mène à lui.

Mais l’âme est ivre de lumière,

Abîme de la Déité !

Abeille, elle se perd entière

Dans le trine et dans l’unité.

Demain goûter au sein de l’Être

Le prix de ma rédemption,

Comme Il Se connaît, Le connaître

Béatifique vision !

Ah ! L’aimer enfin comme Il S’aime

Tout un interminable jour,

L’aimer comme Il m’aime Lui-même,

Ce Bien-Aimé qui est l’Amour…

Midi, c’est de voir ton Visage !

Seigneur, il ne peut plus tarder

Ce jour sans ombre et sans nuage

de ton inconcevable été.

Tendu vers l’instant qui va suivre,

Patiente, ô mon beau désir.

Si mourir d’attendre est mieux vivre,

Vivre conduit vite à mourir.

Jean-Pierre ALTERMANN.

Extrait de L’Aurore et Psyché, A. Silvaire.

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