La Mémoire littéraire, historique
et spirituelle de l'Occident chrétien

TEXTES PAR AUTEURS

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Lève-toi, Denis

par BLIAISE, Parrain (XVIIIe s.), poète français


 

 

    Lève-toi, Denis

                    BENOÎT

    Lève-toi donc, Denis
            Mon ami,
    Et lève-toi donc vite.
Prends ta culotte et ton habit
    Avec ton tablier.
    Lève-toi donc, Denis
            Mon ami,
    Et lève-toi donc vite.

                   DENIS

    Vous êtes bien en train
            Du matin,
    Que voulez-vous donc faire ?
Nous aurons bien le temps demain
    Pour travailler ensemble.
    Vous êtes bien en train
            Du matin,
    Que voulez-vous donc faire ?

                   BENOÎT

    C’est pour te faire voir
            Une chose
    Que tu ne peux comprendre.
Quand tu y’auras vu une fois,
    T’y sauras comme moi.
    C’est pour te faire voir
            Une chose
    Que tu ne peux comprendre.

                    DENIS

    Père, c’est-i le soleil
            Qu’est chez nous
    Qui fait tant de lumière ?
Je ne croyais pas qu’il fût jour
    Tant j’ai sommeil encore.
    Père, c’est-i le soleil
            Qu’est chez nous
    Qui fait tant de lumière ?

                   BENOÎT

    Tu le verras bientôt
            Et plus tôt
    Si t’as un peu d’esprit.
C’est le bon Dieu qui vient vers nous
    Pour nous sauver tertous.
    Tu le verras bientôt
            Et plus tôt
    Si t’as un peu d’esprit.

                    DENIS

    Mon Dieu ! qu’est-ce que tout ça
            Que j’entends ?
    N’est-ce pas un miracle !
Il y a là-haut tant d’enfants
    Qui chantent dans le ciel !
    Mon Dieu ! qu’est-ce que tout ça
            Que j’entends ?
    N’est-ce pas un miracle !

                   BENOÎT

    C’en est un, Denis, un grand,
            Oui vraiment,
    Bien plus grand que les autres.
Un Dieu pour nous se faire enfant,
    Que veux-tu de plus grand ?
    C’en est un, Denis, un grand,
            Oui vraiment,
    Bien plus grand que les autres.

                    DENIS

    Il m’y faut donc aller
            Tout de suite
    Pour voir cett’ grande fête.
De quel côté faut-il passer
    Pour ne pas m’égarer ?
    Il m’y faut donc aller
            Tout de suite
    Pour voir cett’ grande fête.

                   BENOÎT

    N’y va pas sans présent,
            Mon enfant,
    Puisque c’est notre maître.
Mène avec toi ton frère Jean,
    Qu’en portera autant.
    N’y va pas sans présent,
            Mon enfant,
    Puisque c’est notre maître.

                    DENIS

    Comment s’appelle-t-il ?
            Dites-moi !
    Où est-ce qu’il demeure ?
Si c’n’est plus Monsieur Laborier
    Et que vous l’ayez changé…
    Comment s’appelle-t-il ?
            Dites-moi !
    Où est-ce qu’il demeure ?

                    BENOÎT

    Hélas ! qu’y a pitié
            Pour celui
    Qui n’apprend pas à lire !
T’ai-je pas dit que le bon Dieu
    Demeure en tous pays ?
    Hélas ! qu’y a pitié
            Pour celui
    Qui n’apprend pas à lire !

                    DENIS

    Je voulus bien, dans le temps,
            Bravement
    M’en aller à l’école
Mais il fallut aller aux champs,
    Vous savez bien comment.
    Je voulus bien, dans le temps,
            Bravement
    M’en aller à l’école.

                   BENOÎT

    Écoute-donc, Denis,
            C’est assez dit,
    Je te le vais tout apprendre.
Et puis quand tu l’auras appris,
    Tu le diras à Louis.
    Écoute-donc, Denis,
            C’est assez dit,
    Je te le vais tout apprendre.

    Nous sommes tertous nés
            Bien maudits
    D’Adam, le premier homme.
Pour l’amour qu’il avait mangé
    Ce qu’on lui défendit.
    Nous sommes tertous nés
            Bien maudits
    D’Adam, le premier homme.

    Mais celui qui nous fit
            Comme lui
    Nous promit un Messie
Qui serait vraiment son fils.
    Les prophètes l’ont dit.
    Mais celui qui nous fit
            Comme lui
    Nous promit un Messie.

    Depuis tout ce temps
            Les enfants
    De ce mangeur de pommes
En pleurant et se lamentant
    N’étaient jamais contents.
    Depuis tout ce temps
            Les enfants
    De ce mangeur de pommes.

    C’est pour ça qu’aujourd’hui
            De Jésus
    Nous avons la fanfare.
Les anges que t’as entendu
    Ont dit qu’il est venu.
    C’est pour ça qu’aujourd’hui
            De Jésus
    Nous avons la fanfare.

    Mais ne sois pas, Denis,
            Ébaubi
    Si tu le vois bien pauvre.
S’il vient nous apprendre à pâtir
    Il souffre le premier.
    Mais ne sois pas, Denis,
            Ébaubi
    Si tu le vois bien pauvre.

    Tu verras en ce lieu
            Un gros bœuf
    Et avec lui un âne.
Pour le chauffer, faute de feu,
    Ils soufflent tous les deux.
    Tu verras en ce lieu
            Un gros bœuf
    Et avec lui un âne.

    Denis, quand t’y seras,
            T’y feras
    Une grande révérence.
Tu tiendras à bas ton chapeau
    En r’gardant son berceau.
    Denis, quand t’y seras,
            T’y feras
    Une grande révérence.

    Tu diras à Joseph,
            S’il te plaît,
    Comme à sa brave femme,
Que je n’ai pas pu t’y mener
    Tant j’ai mal aux jarrets.
    Tu diras à Joseph,
            S’il te plaît,
    Comme à sa brave femme.

                    DENIS

    Père, à Dieu j’vous recommande,
            C’est bien temps.
    D’y aller, je m’empresse.
Prenez patience en m’attendant
    J’y vais toujours courant.
    Père à Dieu, j’vous recommande,
            C’est bien temps.
    D’y aller, je m’empresse.

 

Parrain BLIAISE,
Le Noël mâconnais,
vers 1728.

Recueilli dans La grande et belle bible
des Noëls anciens, XVIIe et XVIIIe siècles
,
par Henry Poulaille, Éditions Albin Michel, 1950.