La Mémoire littéraire, historique
et spirituelle de l'Occident chrétien

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Lettre

par BOURÇOIS-MACÉ, Andrée (XXe s.), poétesse et auteure dramatique française


Lettre

Bien que de si peu ton aînée,

Tel mon enfant je t’ai chéri.

Ensemble nous avons tant ri,

Tant joué, durant tant d’années !

Et puis Monseigneur t’a fait prêtre ;

Tes doigts, qui si fort ont tiré

Mes pauvres cheveux, consacrés,

Du Tout-Puissant même sont maîtres.

J’étais autrefois ton oracle

Et je t’apporte maintenant

Ma pauvre âme morte, humblement,

Pour que tu fasses un miracle.

Moi qui t’ai grondé, tu me prêches ;

Puis sur mes lèvres tu as mis

Le Dieu qui voulut pour ami

L’ami de mon enfance fraîche.

Et je suis maintenant ta « fille » ;

Je me prosterne devant toi

Dans l’église où plus grand qu’un roi,

(Toi qui me dois encor des billes !),

Tu lèves l’ostensoir qui brille.

Je prie alors plus hardiment :

Car j’imagine ingénument

Que Jésus est de ma famille.

Andrée BOURÇOIS-MACÉ.

Paru dans la revue Le Noël

en avril 1938.

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