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Les oiseaux migrateurs

par STAGNELIUS, Erik Johan (1793-1823), poète suédois


Les oiseaux migrateurs

Vois les oiseauxqui passent !

Pour la terre étrangère

Ilsquittent à regret

Le rivage gothique.

Au murmure duvent

Ilsajoutent leur plainte.

« Où devons-nous aller ?

Où nous conduit ton ordre ? »

Ainsi s’adressent-ils à Dieu en s’envolant.

« Nous quittons inquiets

Le rocher Scandinave.

Là se firent nos jeux,

Là nous fûmes heureux ;

Dans les tilleuls en fleurs

Nous avionsnotre nid

Et le vent nous berçait

De ses senteurs légères.

Vers des cieux inconnus maintenant nous volons.

Dans les forêts d’été

Propice était la nuit

Avec ses bouclesd’or.

Sa couronne de roses !

La douce nuit veillait –

Assoupis de bonheur,

Nous attendions l’aurore

Venant nous éveiller, sur son clair attelage.

Les arbres verts courbaient

Vers l’herbe leurs rameaux,

Versant la rosée fraîche

Sur la blanche églantine.

Le chêne est maintenant

Dépouillé,et la rose

Est flétrie. La tempête

A chassé les zéphyrs.

Le givre dans ses fleurs a pris le riant Mai.

Pourquoi rester encor

Dans le Nord quand le jour

Disparaît peu à peu,

Quand sombre le soleil ?

À quoi sert de gémir ?

C’est ici une tombe

Et Dieu nous a donné

Des ailes pour survivre

Et pour vous saluer, vagues de l’Océan ! »

Volant à tire-d’aile,

Les oiseaux le disaient…

Ilsatteindront bientôt

Une terre plus belle

Où tremblent maints rameaux

À la cime des ormes,

Où les ruisseaux scintillent

Sous les branches demyrte,

Où la joie et l’espoir dans les bois se répondent.

Quand le bonheur terrestre

Cruellementte quitte,

Quand hurle le vent d’automne,

Ne pleure point, mon âme !

Une rive riante

Au-delà de la mer

Accueillera l’oiseau.

Au-delà de la tombe,

Ilest une autre terre

Que dore de sa flamme une éternelle aurore.

Erik Johan STAGNELIUS.

Recueilli dans Anthologie de la poésie suédoise,

choix, traduction, introduction et notes

par Jean-Clarence Lambert, Seuil, 1971.

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