Les bois et les étoiles
par COGNET, C. (XIXe s.), prêtre et poète français
Les bois et les étoiles
J’adore les grands bois, charmes de la nature,
Où l’on se sent plus seul, où l’on rêve à loisir ;
Quand les arbres fleuris me prêtent leur parure,
Mes sens, à ce moment, goûtent un vrai plaisir.
Dans les sombres forêts, la nuit, c’est le silence,
Qui calme mes ennuis, apaise mes douleurs… –
Les astres tremblotants gravitent en cadence
Et jettent sur les bois de livides lueurs.
Entendez-vous, là-bas, une sainte musique ?
C’est le zéphir qui chante aux pieds du Tout-Puissant.
Écoutez ; c’est encor, sur un air bien antique,
Toujours la même voix qui s’en va grandissant.
Arbres géants, levez vos souches séculaires !
Je sens vibrer votre âme au contact de mes pas :
Vous avez étendu comme de noirs suaires
Sur vos rameaux frappés par de cruels trépas.
Mais, pour qui sont ces voix ? ces douces mélodies ?
Cette ombre qui s’étend, et ces tapis vermeils ?
Le Seigneur a voulu nos âmes agrandies ;
Pour nous furent créés ces bois et ces soleils.
Abbé C. COGNET.
Paru dans L’Année des poètes en 1897.