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L’églantine et la fauvette

par BÉZIERS, P.-L.-E. (XIXe s.), poète français


  

  

L’églantine et la fauvette

À UNE JEUNE MÈRE DE TROIS ENFANTS

Sœur, disait la fauvette à la blanche églantine,
                                  Quand ton sein
S’ouvre ainsi jeune et frais sur le buisson d’épine,
                                  Au matin,

Et qu’autour trois boutons montrent leur tête blanche,
                                  Sœur, dis-moi,
Est-il fleur dans nos bois, sous l’herbe ou sur la branche,
                                  Comme toi ?

On croit avec ses sœurs voir une blanche étoile
                                  Du bon Dieu,
Et ton buisson ressemble à quelque coin sans voile
                                  Du ciel bleu.

Parmi les fleurs, la fleur qui se dit la plus belle
                                  De nos bois,
Avec tes trois boutons, ma sœur, tu l’es comme elle
                                  Quatre fois.

Aussi le zéphir t’aime entre les plus aimées.
                                  Quelle fleur
Lui livrerait autant de lèvres parfumées
                                  Que toi, sœur ?

Vienne à présent l’hiver : lui, qui dit à la rose
                                  De mourir,
Verra dans ses boutons ta fleur toujours éclose
                                  Refleurir.

Heureux est le zéphir que ton parfum enivre,
                                  Ou l’oiseau,
L’oiseau qui peut bâtir à tes pieds pour y vivre
                                  Son berceau !

Qu’il est doux seulement, ô fleur, de te connaître,
                                  Et pour moi
D’avoir, pauvre fauvette, à chanter un doux être
                                  Comme toi !

   

P. L. E. BÉZIERS,
Fleurs des champs, des bois
et des grèves
, 1875.