La Mémoire littéraire, historique
et spirituelle de l'Occident chrétien

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Le prêtre

par JENNA, Marie, pseudonyme de Céline Renard (1834-1887), poétesse française


Le prêtre

À ces fragiles biens qu’ici-bas l’homme espère,

À la gloire, aux plaisirs,

Il a fermé son cœur, et des bruits de la terre

N’entend que les soupirs.

Comme un aigle qui monte aux plaines inconnues

Et se baigne de feu,

Longtemps son âme aussi, les ailes étendues,

Se pénètre de Dieu.

Puis, quand des voix du ciel il sent en sa poitrine

Vibrer l’écho profond,

Quand l’auguste reflet de la face divine

Illumine son front ;

Lorsque le crucifix s’est en traits ineffables

Imprimé sur son cœur,

Et qu’un amour céleste, héroïque, indomptable,

L’emplit de son ardeur,

Il vient ! Les affamés de la manne de vie

L’attendent à genoux,

Et la source limpide où sa voix nous convie

S’épanche à flots sur nous.

Vers l’humble, vers l’enfant, souriant, il abaisse

Sa douce majesté

On dirait que la femme en lui met sa tendresse,

L’ange, sa pureté.

Et le pauvre, accablé du poids de sa misère,

En verse la moitié

Dans ce vase formé d’amour et de lumière,

De force et de pitié.

Ô saint médiateur, ô messager sublime,

Prêtre, nous l’avons vu

Relever le pécheur du fond de son abîme

Pour en faire un élu ;

Tendre ta noble main sur chaque tête humaine

Que l’on ose opprimer,

Et de ton ennemi décourager la haine

À force de l’aimer.

Prêtre, nous t’avons vu te pencher sur la couche

Du pauvre abandonné,

Sans craindre en lui parlant d’aspirer de sa bouche

Le souffle empoisonné.

Auprès du meurtrier que le remords oppresse,

Nous t’avons vu t’asseoir,

Et du sombre captif, en indicible ivresse,

Changer le désespoir.

En entendant monter de ce morne silence

Des hymnes de bonheur ;

En voyant tout à coup déborder l’espérance

Des coupes de douleur ;

En suivant pas à pas ce sillage de grâce

Que le prêtre a laissé,

Les mondains étonnés se disent à voix basse

Eh ! qui donc a passé ?

Marie JENNA,

Élévations poétiques et religieuses,

1880.

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