La Mémoire littéraire, historique
et spirituelle de l'Occident chrétien

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Invocation à Marie

par BEUQUE, Adrien (XXe s.), poète français


  

  

Invocation à Marie

(À l’époque du Choléra.)

                                              Quae est ista quoe progreditur quasi
                                              Aurora rutilans ?…

                                                                                        Cant., Cant.

    Quelle est cette beauté, cette Vierge immortelle
Qui s’offre à mes regards au lever du matin ?
Fraîche comme l’aurore et brillante comme elle,
Sur son front radieux la couronne étincelle ;
La lune est sous ses pieds, le sceptre dans sa main.

    Joignant à la splendeur une grâce modeste,
Elle enivre mon âme, elle éblouit mes yeux :
Tout est suave en elle, ineffable, céleste ;
Tout annonce aux humains, tout à mon cœur atteste
Qu’elle est la Fille sainte et la Reine des Cieux !

    À l’aspect imprévu d’une telle merveille,
J’interroge mes sens que je crois égarés :
Peut-être, dis-je, hélas ! que mon esprit sommeille…
Mais ne pouvant douter que j’admire et je veille,
Ma prière s’exhale en ces mots inspirés :

    « Salut, Vierge féconde, ô divine Marie !
« Pleine de majesté, de grâce, de douceur ;
« Des anges, des mortels, Reine auguste et chérie !
« Que ta bouche, à nos vœux, que ta bouche sourie
« Intercédant pour nous auprès du Rédempteur !

    « Salut, temple d’amour, sublime créature,
« De toutes les vertus mystérieux miroir ;
« Colombe de Sion qui naquis belle et pure
« Et portas dans ton sein le Dieu de la nature !
« Sois, après lui, l’objet de mon plus doux espoir ?

    « Des célestes parvis tu descends vers la terre
« Sur les ailes d’azur des brûlants séraphins ;
« Tu viens calmer les maux, soulager la misère
« D’un peuple qui t’invoque et te nomme sa mère,
« Et qui t’a confié sa gloire et ses destins !

    « Détourne le fléau qui pèse sur nos têtes
« Et moissonne à l’envi les enfants, les vieillards !…
« Il ne peut avancer si, d’un mot, tu l’arrêtes…
« Oui, ce mot, plus puissant que le bruit des tempêtes,
« Oppose à ses fureurs d’invincibles remparts.

    « Ouvre-nous donc tes bras, et sois notre refuge
« Au milieu des dangers qui menacent nos jours !…
« Ah ! comment échapper à cet affreux déluge,
« Si ton cœur maternel ne fléchit notre juge,
« Si tu ne viens, enfin, nous prêter ton secours ?…

    « Souviens-toi que jadis tu connus la souffrance ;
« Qu’aucun mortel jamais ne te réclame en vain ;
« Que tu veilles, des cieux, sur notre belle France ;
« Qu’elle a fondé sur toi sa plus ferme espérance
« En invoquant l’appui de ton nom souverain !

    « Étoile de la mer, brille au sein des nuages ;
« Calme l’effort des vents et le courroux des flots ;
« Conduis-nous, sans péril, aux célestes rivages
« Où nous pourrons, enfin, braver tous les orages,
« Et goûter les douceurs de l’éternel repos ! »

   

Adrien BEUQUE, L’écho du sanctuaire, 1836.