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Fleurettes

par PAYSANT, Achille (1841-...), poète français


Fleurettes

Je n’ai point oublié vos grâces endormies,

Ô petites amies,

Ô fleurs,

Qui de parfums si doux enveloppiez vos charmes

Et mêliez à mes larmes

Vos pleurs !

J’ai le frais souvenir du courtil où vos branches

S’étalaient toutes blanches

Au mur,

Où le neige d’avril, en vos rameaux éclose,

Voilait d’un frisson rose

L’azur.

Aux jardins du passé je vous respire encore,

Fleurs d’amour, fleurs d’aurore,

Hélas !

Fleurs qui n’égarez plus mes jeunes rêveries

Sous vos ombres fleuries,

Lilas.

Je vous revois, iris, au fond de ma mémoire

Reflétés dans la moire

Des eaux,

Et sous le frôlement des vertes demoiselles

Tremblant comme des ailes

D’oiseaux.

Et vous qui sur les lacs, ô larges fleurs vermeilles,

Ô nacelles d’abeilles,

Voguez ;

Et vous là-bas, encens des solitudes saintes,

Violettes, jacinthes,

Muguets ;

Haleine des sureaux, âme des chèvrefeuilles,

Qui flottez sous les feuilles

Des bois,

À l’heure où le passant s’arrête sur la route

Et du silence écoute

La voix ;

Et vous qu’en floréal on voit par les collines,

Ô vierges aubépines,

Courir,

Et qui ne voulez pas sans parfumer la brise

Ou la main qui vous brise

Mourir ;

Et vous que l’Été fauche et par milliers supprime,

Frais bijoux de la prime

Saison,

Humbles joyaux des prés, qu’un admire et qu’un aime,

Mais qui n’avez pas même

Un nom ;

Bien qu’en mon coeur, déjà fatigué de sa course,

L’âge ait tari la source

Des chants,

Vous m’enchantez toujours, charmeuses de poètes,

Fleurs des jardins, fleurettes

Des champs !

Pourtant, voici qu’au loin l’Automne décolore

Le buis naguère encore

Si vert ;

Dans les arbres jaunis voici le vent qui pleure,

Et voici tout à l’heure

L’hiver !

Ô fleurs, ô coupes d’or où l’aube a de ses perles

Enivré tant de merles

Siffleurs,

Adieu tous vos parfums, soeurs des voix et des ailes,

Adieu toutes vos belles

Couleurs !

Ensemble nous entrons dans ce lent crépuscule,

Où sans cesse recule

L’espoir,

Où rien ne reste, au bout de la tâche accomplie,

Que la mélancolie

Du soir.

Mais avant d’exhaler votre dernière haleine

Dans la nuit encor pleine

De jour,

Vous me donnez tout bas, ô fleurs que je devine,

Une leçon divine

D’amour.

Dites-moi, dites-moi comment vos longs outrages,

Rameaux par tant d’orages

Battus,

Comment votre agonie, ô mes soeurs expirantes,

S’achève en odorantes

Vertus ?

C’est que pour vous, ô fleurs, la mort, toujours suivie

D’un retour à la vie,

N’est pas,

Et qu’éternellement la fleur à l’astre utile

Renaît par son fertile

Trépas.

L’homme aussi, l’homme aspire à la vie éternelle !

Il n’a point dit à l’aile

Adieu ;

Et du fardeau du corps cet espoir le console,

Qu’un jour l’âme s’envole

À Dieu.

Quand je ne serai plus, vous qui serez encore,

Revenez à l’aurore

En pleurs,

Revenez éveiller mes cendres endormies,

Ô petites amies,

Ô fleurs !

Et ce ne sera point pour votre vieux poète

À tout ce qu’il regrette

Mourir,

Si l’aube, après la nuit où comme vous il tombe,

Vous revoit sur sa tombe

Fleurir.

Achille PAYSANT.

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