La Mémoire littéraire, historique
et spirituelle de l'Occident chrétien

TEXTES PAR AUTEURS

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z ANONYMES

Retour

Évasion

par GOTHCHAUX, Élie, poète français


Évasion

La première clarté du matin

comme une caresse sur les cheveux

promesse des délivrances :

un grain nouveau a germé – sous les soleils de rêves

– cette nuit blanche.

Quel ange pour mol seul

joue de la trompette

et ces ailes impatientes – qui battent dans inca poumons ?

Ainsi – rupture des maléfices –

un doigt tendre effleura mon front

mes épaules

et laisse sur ma chair

des croix fraîches

comme l’eau bénite des soirs d’hiver.

Des chiens aboient aux bruits de ferraille,

casseurs d’aube,

et j’ai dans la gorge heureuse

mille cris de jeune chien.

Un glas trop matinal me libère des angoisses

et l’amnésie en robe claire – lèche mon crâne

de sa langue très pure.

Pourquoi le long du cœur l’escargot du remords, – mélancolique ?

Et puis ?

je partirai sur mon aigle blond,

les deux pieds sur sa tête,

tenant d’une main le fil

que me jette l’ange gardien,

et j’émietterai des mots,

des gestes de danse

sur les sinueuses métallurgies.

Mais mon aigle est automate imparfait.

Le ressort tiendra-t-Il ? et le fil de mon ange

sera-t-il complice fraternel,

telle la corde amicale berce le sec pendu ?

Œil éclos au coin du vitrail,

je vois des milliers de tabernacles

et sous la protection des saints

une neige d’hosties s’évade.

Glaciale noyade

le souffle impur filtre de mon corps – exorcisme.

Je sens le futur

qui me jette

à la face

mon corps d’enfant,

ces dents naïves qu’énerve ma langue,

baptême qui déjoue l’hostilité des chambres étrangères.

C’est alors qu’un enfant me tendit un miroir :

j’y vis – retour du vitrail – des yeux innombrables

tels des océans calmes

et des lèvres pâles comme pétries de pétales morts confièrent :

on peut recommencer toute la vie.

L’enfant déjà fuyait,

barbe postiche que le faux patriarche

lança dans le vent du soir.

Une alouette blanche

monte monte.

– MONTE.

Élie GOTHCHAUX.

Paru dans le Roseau d’or en 1928.

www.biblisem.net