La Mémoire littéraire, historique
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Bénie soit la vie

par GUAY, Jean-Louis (XXe s.), poète canadien-français


Bénie soit la vie

À mes confrères

En face de deux grands chemins

Où m’a conduit la vie en sa course montante,

Jeune homme au cœur ardent, à l’âme militante,

Assoiffé d’idéal, enviant les mondains,

J’écoute les appels ; et mon âme attentive

À se rendre est tardive.

Suivre la voie où le cœur tous les jours

Pour son Maître s’immole ?

Donner sa flamme aux humaines amours ?

Le choix me trouble et mon cœur se désole.

Toi, Seigneur, tu vins mettre fin

À cette lutte ardente engagée en mon âme ;

Tu voulus en ma chair renouveler le drame

Languissant et obscur de ton calvaire saint,

Tu me donnas ta croix ; et la sainte souffrance

Remplit tout mon silence.

Je compris mieux, peut-être avec lenteur,

Quel fécond sacerdoce

Je remplirais sur mon lit de douleur

Où me cloua ma vieillesse précoce.

Ô toi, clef de tous les trésors,

Santé, qu’aurais-je fait armé de ta puissance ?

Un moine, ami du cloître et de la pénitence ?

Un orgueilleux déchu, rongé par le remords ?

Un sceptique haineux ; un navire en détresse

Sur les flots de l’ivresse ?

Mais à quoi donc aurais-je dépensé

Ma bouillante jeunesse ?

À servir Dieu, parfois à l’offenser ?

À flatter l’homme, à prôner sa sagesse ?

Chaque jour je bénis ma croix.

J’appris à me connaître au sein de la souffrance ;

Là mon cœur se ranime et s’ouvre à l’espérance,

Il saurait mieux T’entendre et répondre à Ta voix.

La douleur, la prière et son divin dictame

Ont façonné mon âme.

Jusqu’à ce jour l’épreuve fut mon lot,

Pourtant j’aime la vie,

Je l’aimerai toujours, jusqu’au tombeau :

Mon sort m’est doux si nul ne me l’envie.

Ah ! Dieu ! que je désirerais

Sous ton souffle divin guidant ma main débile,

Prendre une harpe d’or, sur ma couche, immobile,

Pour te chanter, ô Vie, et chanter tes bienfaits ;

Proclamer ta valeur, exalter ton mystère

Qui remplit cette terre ;

Chanter ta joie ainsi que ta douleur

En son amer calice,

Bénir ton nom et venger ton honneur……

S’il se trouvait des cœurs qui te maudissent.

Jean-Louis GUAY, Moisson de vie, 1931.

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